Message du 1er mai 2010
par le Comité des Affaires Sociales
de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec:
À l'occasion du 1er mai 2010, les membres du Comité des affaires sociales de
l’Assemblée des évêques catholiques du Québec souhaitent « Bonne Fête » à tous les
travailleurs et travailleuses du Québec. Quelle que soit votre
occupation : « Bonne Fête! » Depuis 1886, cette journée
rappelle les luttes qui ont été nécessaires et celles qui le sont encore pour
obtenir et maintenir des conditions de travail dignes de la personne. Nous
saluons les légitimes aspirations et les efforts déployés en vue d'une
meilleure justice sociale, notamment pour le maintien et le développement de
l’emploi.
Le travail est un droit fondamental et un bien pour l'être humain [1]. Ne
doit-il pas nous conduire vers la vie en abondance [2] annoncée par
Jésus-Christ?
En accomplissant votre travail – ou en cherchant un emploi - vous portez dans
votre cœur à la fois le désir de servir la société et l'amour des membres de
votre famille : la volonté de leur offrir une habitation sûre et agréable
et le souci d’une éducation de qualité pour vos enfants. Que soient couronnées
de succès les luttes pour le respect de ce droit au travail et à sa juste
rémunération, non seulement dans notre société mais aussi partout dans le
monde.
Le droit au travail s'accompagne aussi d'un devoir [3]. Toute personne reçoit
des talents qu'elle est appelée à faire fructifier tant pour elle-même et les
siens que pour l'ensemble de la société, que ce soit dans un emploi rémunéré ou
par une autre occupation. Dans une perspective plus globale, la personne est
héritière du fruit du travail des générations passées et elle est l’artisane de
l'avenir de celles qui lui succéderont. Toutefois, même si le travail est un droit
et un devoir, il n'est pas l'unique but de la vie : il est ordonné à
l’épanouissement de la personne. « Le travail est pour la personne et non
la personne pour le travail[4] ».
Cette Fête des travailleurs et des travailleuses projette aussi à l’avant-plan
les personnes présentement en situation de chômage ou de travail précaire. En
2009, 37 400 emplois ont été perdus au Québec dont 32 300 étaient à temps
plein[5]. Les personnes touchées sont exposées à des souffrances de toutes
sortes comme la perte de confiance en soi, l’isolement, des tensions
familiales, et même le découragement[6]. « Une société qui ne procure plus
de travail, ou qui l'impose dans des conditions inacceptables, n'est plus digne
d'elle-même[7] ».
Le chômage ou l’exclusion du monde du travail ont aussi de
graves conséquences
pour la société tout entière[8]. Dans le contexte
économique actuel risque de
s’installer un certain fatalisme qui amène à voir
comme normal le fait que des
milliers de personnes n’aient pas d’emploi. Quand on
considère le coût
humain des licenciements et leurs conséquences sur le bien
commun, on peut, à
juste titre, s’inquiéter de leur fréquence et de
leur ampleur. Sont-ils
toujours justifiés? La recherche d'un plus grand profit pour les
actionnaires
et la faiblesse de l’économie expliquent-elles à
elles seules ce recours trop
fréquent aux coupures d'emploi? Avant d’en arriver
à mettre à pied du
personnel, ne pourrait-on pas envisager d’autres solutions qui
peuvent
contribuer à maintenir le niveau de l’emploi?
L’innovation, la réévaluation des
objectifs à long terme, la révision du plan de marketing,
l’implantation de
méthodes de production différentes, la
réorientation vers des produits à valeur
ajoutée ont-elles été
considérées? Les mises à pied devraient
être l’ultime
recours des entreprises. Heureusement, certaines prennent des risques
et même
se soutiennent mutuellement dans des passages difficiles.
Par ailleurs, des travailleurs et des travailleuses en situation de chômage
s’emploient à contrer l’isolement en créant des lieux d’entraide et de
solidarité. Par les activités qu’ils offrent, ils contribuent à maintenir
l’élan essentiel qui soutient la dignité humaine. À la question
« Que faites-vous dans la vie? », ils peuvent répondre :
« Nous travaillons à nous bâtir un avenir ».
Le chômage est un problème qui touche toute la société. Il n’est donc pas
seulement l’affaire des personnes qui perdent leur emploi. C’est pourquoi il
importe que l’ensemble des citoyens et des citoyennes soutiennent les
initiatives d’entraide mises de l’avant par les personnes en situation de
chômage ou d’exclusion. C’est un geste de solidarité essentiel! Les
perspectives du marché du travail semblent ouvrir de nouveaux horizons et,
selon certaines prévisions[9], l’occasion serait propice pour réaliser, à moyen
terme, l’objectif du plein emploi. Pour l’atteindre, il convient de chercher un
équilibre entre la formation, le développement des talents personnels, les
besoins réels et les départs à la retraite.
Les personnes ou institutions qui sont en mesure d’orienter la politique du
travail et de l’économie ont aussi une responsabilité grave
à l’égard du plein emploi. Étant donné que le travail est un bien de tous, il
doit être disponible pour tous ceux et celles qui en sont capables. Le plein
emploi est un signe révélateur d’un système économique juste, orienté vers le
bien commun[10].
Avec la collaboration de tous et de toutes, les difficultés de l’heure peuvent
être surmontées et l’espérance doit supplanter le fatalisme. En ce jour de
Fête, nous demandons à Dieu de bénir chaque travailleuse, chaque
travailleur. « Dieu créateur, tu demandes à l'humanité de se
perfectionner de jour en jour et d'achever par son travail l'œuvre
immense de la création; aide-nous à faire que toutes les personnes aient des
conditions de travail qui respectent leur dignité de telle sorte qu'en
s'efforçant d'améliorer leur propre sort, elles agissent avec un esprit de
solidarité et de service[11] ».
Bonne fête!
Comité des
affaires sociales
Mgr Pierre-André Fournier, Mgr Roger Ébacher, Mgr Jean Gagnon, Mgr Paul Lortie,
Mme Bernadette Dubuc, Élisa Fernandez sfa, Michel Forget, ptre, Mme Denise
Martel
_____________
[1] Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l’Église,
Ottawa, Libreria editrice vaticana – Conférence des évêques catholiques du
Canada, 2006. No 287.et Mme Louise Royer.
[2]Évangile selon Saint Jean, chapitre 10, verset 10.
[3] Conseil pontifical Justice et Paix, op.cit., no 274.
[4] Jean-Paul II, Laborem
Exercens, 1981. no 6.6.
[5] Emploi Québec Bulletin
de l’emploi au Québec, décembre 2009.
[6]Catéchisme de
l’Église catholique, Paris, Centurion/ Cerf/ Fleurus-Mame /
CECC, 1998, no 2436 et Lise Poulin-Simon et Diane Bellemare, Le Plein Emploi – Pourquoi? Sainte-Foy,
Presses de l’Université du Québec, 1983. Chapitre IV – Les coûts sociaux du
chômage, p. 97-118.
[7] Podvin, Bernard, porte-parole de la Conférence des Évêques
de France,
« Suicides au travail »,
30 septembre 2009 http://www.eglise.catholique.fr/actualites-et-evenements/actualites/suicides-au-travail.html,
consulté le 29 janvier 2010.
[8] Poulin-Simon et Bellemare, op.cit., chap. III - Les
coûts économiques du chômage, p. 73-95.
[9] Emploi Québec Marché
du travail : Perspectives à long terme 2007-2017, septembre
2008. page 24 : « Pour remplacer les personnes retraitées et faire
face à la croissance prévue de l’emploi, c’est plus de 1,3 million de personnes
qui devront faire leur entrée sur le marché du travail, dont plus des trois
quarts pour remplacer celles qui le quitteront ».
[10] Voir Conseil pontifical Justice et Paix, op.cit., no 288.
[11] Congrégation pour le culte divin, La
Liturgie des
heures, Paris, Cerf /Desclée de Brouwer/ Mame, Tome III,
p.918. Version inclusive de l’oraison du lundi matin IV.
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